vendredi 10 septembre 2010

Phobie


Ces jours-ci, il ne fait pas bon vivre dehors pour l'être phobique que je suis. Les insectes piqueurs que je déteste le plus sont complètement revirés sur le capot! En effet, les guêpes se font harcelantes, agressives, désespérées. Elles cherchent carrément à se poser sur la peau pour en extraire quelques sucs appétissants. Je deviens complètement cinglée à force de scruter mon entrée avant d'oser mettre un pied dehors. J'en ai toujours une ou deux qui, curieusement, se rivent le nez contre ma porte d'entrée, pourtant inodore et sans saveur. On pourrait croire qu'elles perçoivent le monde qui les attend de l'autre côté. Une tapette à mouche aussi, garanti!!!!

Ça dure longtemps, cette période, déjà? Disons que le fait de m'être fait piquée plus tôt cet été n'a pas arrangé la peur viscérale qui me possède toute entière à la simple vue des petites lignes jaunes et noires...

mercredi 8 septembre 2010

Famille nombreuse



Ces jours-ci, avec le déménagement, je dois retrousser mes manches. Et pour m'aider, la nouvelle saison qui s'amène, avec son cortège de contraintes mais aussi le retour à la routine. Une partie de moi voudrait que l'été s'étire encore un peu. À preuve, nous sommes allés profiter d'une belle soirée à l'extérieur chez mes parents hier soir malgré la conscience de tout le brouhaha que cela ne manquerait pas de nous occasionner, à moi et à l'Homme, au retour. Chacun se bousculerait alors pour les bains, les lunchs et les devoirs inachevés. Notre résistance à ce type de fatigue est devenue plus mince. Nous sommes tous dus pour une régularité et un calme qui nous a manqué tout l'été. Nous y voilà: l'automne a fait son entrée.

Reste que c'est bien cela, une famille nombreuse. Chaque décision se voit retranchée d'une bonne part de spontanéité et de liberté d'action. Elle doit être sous-pesée avec soin. Un retard dans la marche à suivre occasionne invariablement un manquement pour la suite: un icepack oublié dans une boite à lunch chaude, un feuillet de mathématique incomplet, un rôti n'ayant pas été mis à cuire, une multitude de choses n'ayant pas trouvé leur place habituelle, une brassée de lavage malodorante à refaire, un frigo demeuré vide. Voilà ce qu'on entrainé quelques heures passées loin du foyer et des obligations. Manque d'organisation, peut-être, surcroît de tâches certainement.

Qu'à cela ne tienne, la vie n'est pas qu'ordre et méthode. Respirer un bon coup en écoutant les feuilles bruire au sommet des arbres demeure un excellent sursis au surmenage. De même que regarder Petite Fleur faire de la mini-trampoline sur le balcon avec un plaisir fou. Même si cela implique de devoir parer à toutes les éventualités, étant loin de nos équipements usuels. Même si l'on doit s'occuper à tour de rôle d'un bébé grognon. Parfois je me dis qu'on est fous. D'autres fois je me dis qu'on est chanceux. Je sais que nous sommes dans un immense vortex créé par une succession de choix, et par la vie qui avance. Je sais aussi qu'un jour, nous en rirons et même, éprouverons une nostalgie certaine envers ces moments d'efficacité absolue et de coordination pointue qui caractérisaient notre vie de tribu.

Un jour. ;o)

jeudi 2 septembre 2010

Autre lieux, autre moeurs! Les dernières nouvelles.



Le changement est souvent bénéfique à mes enfants. Plusieurs pourraient penser que le déracinement soit invariablement nocif. Il est vrai que l'instabilité, même quand elle se manifeste aux quatre ans, prive de certains aspects de la vie, comme par exemple les amis de longue date. Pourtant, les deux plus grandes sont à peine rentrées en classe qu'elles sont déjà intégrées et bien souriantes. Dès le premier jour, elles ont été invitées à rejoindre des groupes, questionnées avidement et accueillies chaudement. On aura beau dire que les nouveaux/nouvelles sont rejets chez les jeunes, moi je ne le croirai pas car je ne l'ai jamais constaté.

Mes filles ont développé une confiance en elle qui frise l'arrogance. Bien qu'un peu réticentes devant la transition, elles en arrivent à sauter à pieds joints dans l'aventure, ouvertes à toutes possibilités. Je crois qu'elles ont mis au point une attitude leur permettant de se mettre en valeur tout en valorisant les autres tout à la fois, saisissant chaque contact humain comme une opportunité de bien faire figure et de maximiser les chances de tisser des liens. Personnellement, je suis assez fière de ces traits de caractère: elles ne craindront pas de se mouiller, de tenter des expériences, de sortir de leur zone de confort.

Elles ne craignent pas les nouveaux professeurs, les nouvelles habitudes, etc. Elles voient souvent le bon côté des choses au lieu de considérer inutilement ce qu'elles ont perdu. Par exemple, le code vestimentaire est beaucoup plus souple ici dans la couronne nord qu'il ne l'était à Québec, ce qui fait la joie des demoiselles qui ne se privent pas de camisoles à bretelles fines et de mini-shorts, en particulier par cette chaleur. Jolie Sportive a même le droit de manger en classe quand elle le désire! De plus, la distance oblige la période du midi à l'école, ce qui la ravit évidemment. Par le passé, j'allais la chercher car nous étions tout près, ce qui la privait, pour des raisons économiques, de moments de jeux avec les copines. Bref, les nouvelles écoles sont le nirvana! L'été qui s'étire également. L'amour aussi.

Pour ma part, je n'ai pas vu l'été passer, entre mes tâches de mère d'une tribu et toutes les visites à cette famille et aux amis que j'ai retrouvés et qui ont à nouveau rempli ma vie presque à son comble. Les mois se sont succédés au fil des journées de travail de Grande Ado ainsi que ses rendez-vous amoureux. Notre vie de famille tournait beaucoup autour de ses allées et venues, qu'il fallait orchestrer et encadrer. Depuis notre arrivée, elle a acquis beaucoup de liberté avec l'entrée en scène du garçon de 19 ans qui occupe toutes ses pensées. Voilà une nouvelle adaptation, et ce pour tous. Qui disait: grands enfants grands problèmes? Je n'emploierais pas exactement le mot problème, mais il est faux de penser qu'en vieillissant, nos enfants nous déchargent de bien des responsabilités et soucis. Disons simplement qu'avant 18 ans, et même davantage, il ne faut pas trop y compter ;o) Il faut encore ménager une place pour leur intimité, assurer leurs déplacements, se coucher plus tard pour permettre une période de sortie plus longue, etc.

Bref: tout ce beau monde doit maintenant entrer dans un cadre, et ça ne sera pas déplaisant pour autant.

Et maman a hâte de retourner à ses fourneaux! Je fais le marché au jour le jour puisque nous devons sous peu redéménager dans une maison louée, mais pour plus longtemps. Quand mes pénates seront enfin déposées, je réintègrerai aussi ma routine. D'ailleurs, je ne peux résister à cuisiner une bonne sauce spagg malgré la canicule, cet après-midi. Faut le faire! *lol*

mercredi 1 septembre 2010

La rentrée



Scolaire, certes! Mais bloguesque également! Je recommence à avoir le goût de partager, en espérant qu'il reste encore ici quelques esprits désireux de me lire! ;o) L'été est un véritable tourbillon dont on se sort toujours un peu fatigués mais aussi bien désireux de retrouver cette routine qui nous pesait si fort, en juin. Le blog fait partie de cette routine. On le sait, l'été, la sphère est beaucoup plus tranquille.

Et puis, comme il fera bon de retrouver des heures de dodo convenables! Comme ce sera bien de recommencer à planifier un peu: le budget, le menu, les fins de semaines! Acouna matata c'est bien, mais lassant à la fin. C'est l'équilibre le secret du bonheur, dans la vie.

Je reviens demain matin! Pour l'heure, je déborde encore sur de précieuses heures de sommeil que j'ai eu la fâcheuse tendance à hypothéquer à répétition toute la durée de l'été...

Bonne rentrée à tous et toutes!

mardi 10 août 2010

Sensible, moi? édité



Un grillon s'est faufilé au sous-sol, je ne sais trop comment. Depuis au moins trois jours, son chant se fait entendre. Nous l'avons cherché en vain. Il agonise, le pauvre. Cela me rend tristounette.

Je crois que je vais retourner déplacer quelques objets pour voir si je n'arriverais pas à le sauver ...

*soupirs*

****

Finalement, ce sauvetage de grillon s'est transformé en mission pour moi et Grande Ado. Revenue vers les vingt-trois heures d'un rendez-vous avec le bel emballeur, elle m'a trouvé en pleine quête. Toutes deux l'oreille tendue dans le silence, nous avons épié la moindre stridulation de l'insecte, dont la sonorité nous semblait faiblir de minute en minute. Le malheureux semblait en bout de course.

Finalement, notre analyse nous a amené à le localiser entre les deux fenêtres thermos. Impossible d'ouvrir de l'intérieur, les fenêtres étant munies d'un dispositif contre le vol. Il a donc fallu se résigner à une expédition sur le terrain, en pantouffles dans l'herbe humide, la voute étoilée au-dessus de nos têtes. Elle tenait la source de lumière, je cherchais à l'aide d'une petite brindille à la base de la fenêtre, encombrée de débris. Nous étions déterminées à faire cesser cette triste agonie.

Finalement, nous avons localisé notre victime. Non pas un seul grillon, mais deux, pris au piège entre le mousticaire mal ajusté et la fenêtre. Ils étaient encore très vigoureux ;o)

Notre contentement était beau à voir alors que nous étions à regagner la maison dans la nuit. Cela prenait deux insectes pour unir une mère et sa fille l'espace d'une mission de sauvetage. C'est que je ne la vois plus tellement ma Grande Ado. Entre le travail et les amours, elle nous délaisse un peu. C'est l'âge, je sais bien! Mais c'est difficile pour le coeur d'une maman d'avoir l'impression d'en "perdre" une.

Nous nous souviendrons de cette nuit chaude, et des deux grillons que nous avons rendus à la vie. C'est peut-être celà qu'il me faut faire, c'est peut-être un message: libérer ma petite bête devenue grande pour que son chant puisse aller ravir d'autres oreilles?

mardi 3 août 2010

Jusqu'au bout



Il est de certaines choses précieuses qui ont une fin prescrite dans l'Histoire bien avant leur commencement. Telle est la relation d'allaitement. Cet échange de fluide et de sécurité doit couler des jours heureux, ou les protagonistes auront tôt fait d'en souffrir. J'avais cru que ça viendrait de moi. Contre toute attente, je me suis habituée en tout confort à l'allaitement au-delà des deux mois qui m'étaient coutume lors de mes précédentes maternités. Rien n'était plus facile ni plus doux que de transporter bébé dans le giron conjugal, le petit matin venu, pour savourer ce contact bénéfique à nos âmes et à nos corps, mes seins lourds du jeûne de la nuit et son ventre opportunément affamé.

Depuis quelques jours, il refuse la tétée. Celle du matin va toujours bien mais toutes les autres sont brèves et frustrantes, pour lui comme pour moi. Lui, voudrait un débit augmenté, je le lis dans son regard et dans ses mimiques éloquentes. Je crains pour ma part qu'il manque de nutriments. À cinq mois et demi, il consomme déjà céréales, fruits et légumes, mais je me veux pas augmenter les doses de façon à diminuer le lait, il est beaucoup trop tôt.

J'ai fait l'achat de formule de lait maternisé hier soir. Je vais introduire quelques boires ainsi, ce qui devrait permettre à mes seins d'être plus pleins quand il viendra à leur rencontre. Je vais peut-être aussi tirer mon lait. Je sais que ma production diminuera. Mais mon fils veut téter pour la peine, je me dois de le nourrir. Sa façon de miauler devant un sein dont il n'a pas suffisamment stimulé le réflexe d'éjection me fait sentir si impuissante, je suis à la limite de la crise de pleurs chaque fois. Je sais qu'il a soif, c'est la canicule, et pourtant on dirait qu'il a oublié comment faire! Il souhaiterait que le lait coule de lui-même, facilement. Il semble que l'effort le répugne.

Si vous avez vécu semblable situation, ne vous gênez pas pour m'en faire part! Je suis triste de voir le début de la fin de mon allaitement, mais en même temps je ne pensais jamais me rendre si loin. Si cela doit se terminer maintenant, je sens que bébé et moi seront allés jusqu'au bout de notre symbiose.

mardi 27 juillet 2010

Douceur de la brise



Ces jours-ci Grande Ado la ressent bien, cette brise estivale, chaude et chargée d'odeurs. Davantage qu'auparavant, de façon plus sensuelle, plus profonde. Elle se gorge de soleil, et se saoule de ciels étoilés. Je regarde la jeune fille un peu frustre qu'elle était, prude même, s'épanouir en chantonnant, en rêvassant, la tête ailleurs et le coeur plein à craquer.

Grande Ado a trouvé l'amour. Du moins, les prémisses de ce qui pourrait bien évoluer vers quelque chose de plus sérieux. Coup de foudre au premier regard, sorties romantiques sans le sous au bord de la rivière par une soirée douce, puis belvédère pour contempler la ville. Des mains qui se frôlent, des peaux qui s'électrisent, des fous rires et de l'attente, celle du premier baiser, cette de l'officialisation des sentiments. Et elle revient tout me raconter à voix basse, presque timidement sur le ton de la confidence, de façon à ce que je puisse vivre un peu par procuration la magie d'un premier amour, cet unique élan. Je suis emplie de joie car la vie lui apporte cette occasion, celle d'exulter, à un age ou tout est si intense. Au contact de tout ce ressenti, elle va vivre les minutes les plus denses de sa vie, celles dont on oublie rien.

Lui, a deux ans de plus, ce qui l'amène à la majorité. Il est très posé et mature, ce qui constitue un bon point pour lui! Esprit sain dans un corps sain, il est sportif, assidu au travail (lieu de leur rencontre) et ambitieux pour l'avenir, après avoir connu une période d'hésitation. Quelque chose dans sa présence me renverse un peu, comme si je comprenais à quoi elle succombe. Il a une façon de toiser qui vous met immédiatement en confort. Il a l'air vraiment intéressé par ce que vous dites. Il est présent d'esprit, et solide intérieurement aussi. Tout ce courage pour marcher vers elle, faire les pas qu'il faut, il l'a et bien plus encore. Il me semble qu'il est plus fort de ce sentiment qu'ils entretiennent et développent, il me semble que rien ne l'arrêtera.

Elle méritait le meilleur, je crois qu'elle se l'offre. Ce n'est pas un candidat à l'université, ce n'est pas un fils de riche, c'est un futur charpentier (quand même pas à la rue si l'on considère les salaires). Mais c'est surtout un être intègre sur qui la famille entière ressent la possibilité de se fier. Et pour ne rien gâcher, il est mignon comme tout avec ses grands yeux doux et son sourire assuré. Dans quelques années, ce sera un homme assumé et sentimental à la fois.

M'enfin, on verra bien où toute cette histoire les mènera ;o)

L'été à son zénith!



Depuis que mon ordinateur est au sous-sol, temporairenent dans la maison louée, je n'y vais plus, d'où ce désert de billets. Et puis au fond, les vacances estivales, c'est aussi prendre congé de ce que nous faisons à longueur d'année. L'ordinteur fait partie de ma routine habituelle du matin, l'été est un excellent moment anti-routine. Combinaison idéale pour décrocher. En espérant ne pas perdre mon lectorat au complet! ;o)


Quelle superbe saison nous avons cette année! Et la récolte est en conséquence. Pas de surenchère sur nos produits locaux en raison de piètres récoltes, pas de manquements dans les stocks non plus. Moi qui avait délaissé mon four et mon congélateur depuis le déménagement, préférant manger frais et léger, me voilà à recommencer les oeillades de convoitise vers les derniers petits fruits, les tomates gorgées de soleil, et tous les merveilleux légumes de notre belle province.

Cette semaine j'ai réalisé une sauce au tomate maison avec le surplus qui ramollissait dans mon frigo. Ce sera délicieux en lazagne ou comme base de sauce spagg! Comme la quantité est somme toute réduite, il m'est venu à l'idée d'en apprêter davantage. Si je pouvais me passer des sauces en canne pour une bonne partie de l'hiver, ça pourrait être très bien!

Je dispose également de quelques pots de confiture et de fraises congelées entières pour mes smootties.Chaque année je suis toujours bien contente d'avoir fait cet effort. Je veux également blanchir des haricots du Québec.

Je serai à nouveau dans le déménagement dans la semaine du 1e septembre mais ça ne doit pas me faire passer à côté de cette manne qui est à portée de main! Je n'ai pas trouvé ma maison de rêve mais il faut bien atterrir quelque part! L'année scolaire va recommencer de toute façon. Ce sera probablement une autre situation temporaire, mais au moins, nous sommes cette fois dans la bonne région, et bien présents dans le marché pour une prochaine recherche.

Et vous, comment va votre popotte estivale?

dimanche 11 juillet 2010

La mémoire des émotions



Ce matin, j'ai revu mon grand-père, bien que mort depuis deux ans déjà. Sous un ciel bleu comme seule sait en étaler ardemment ma Gaspésie natale, il jouait comme un enfant avec ses deux chiens, Max et Rex. La scène avait été filmée sur vieille pellicule, du Super8 je crois. Je pouvais discerner son sourire gaillard, deviner dans ses postures et ses gestes qu'il leur parlait mentalement, sentir son plaisir malgré l'age. Même sa voix me revenait par bribes.

Sur la table de cuisine, appuyée menton sur les mains devant l'ordinateur de ma fille qui faisait rouler le disque gravé, j'ai alors reçu en plein coeur toute mon enfance, douleur mêlée de joie.

J'étais l'espace d'une seconde redevenue la petite fille qui contemplait en retrait, tel qu'il le demandait, l'un des chiens présentant un caractère retord.

On a tord de penser que le temps efface. Rien ne nous quitte de ce que nous avons été. Je crois bien qu'avec les années, certains souvenirs se cristallisent même, gagnent en clarté. Comme les émotions ne sont pas bien loin sous le vernis de la façade adulte! Lorsque nous programmons notre quotidien, nous prenons soin de nous fier sur le pilote de nos habitudes. Les couches de souvenirs qui nous composent demeurent bien sagement alignées et protégées par la plus exposée, celle qui s'est durcie au contact du grand air, celle qui doit faire face tous les jours.

Il arrive pourtant qu'elles se désalignent, les couches. C'est alors un rire qui remonte à l'air libre, une chanson, ou simplement l'impression d'une présence dont le simple fait d'en rechercher les manifestations réelles amplifie la vacuité, l'impossibilité, la finalité. Les heures passées ne reviennent plus, de même que les gens sous leur forme humaine. Je ne tiendrai plus sa main. Pourtant, il reste tellement de lui au creux de ma petite âme. Je lui en demande peut-être beaucoup, mais je sens souvent qu'il m'accompagne, qu'il sera toujours présent.

Sur cette même pellicule, je me suis vue agée d'un an environ. Quand on a trente ans passé, il est rare de posséder un vidéo de sa propre personne. Touchant, ce document réalisé en tant que souvenir familial, et ce malgré la piètre qualité des images souvent saccadées et trop rapides. Quel plaisir de voir mes parents qui s'embrassent avant leur mariage pendant un souper familial dans la vieille maison, ma grand-mère qui berce patiemment mon blondinet de petit frère tout juste marcheur, et le lac, encore le lac, le chalet, et toute la parenté que je n'ai pas connue, ces gens qui m'ont précédée et que je n'ai jamais pu remercier ou saluer...

Étrange de voir des sourires et des regards amoureux, étrange de ressentir toute cette force de vie alors que les protagonistes sont morts depuis des lunes, la plupart déjà vieux au moment du tournage. Il arrive souvent sur la bande que les grands-mamans soufflent des baisers, que les enfants saluent, ce sont autant d'appels outre-tombe qui me troublent et me rassurent tout à la fois. Ils sont mes familiers, ils m'ont ouvert la voie, je ne suis pas seule devant un vide de sens.

Point de paroles ni de sons sur cette bande, seulement la musique d'un talentueux pianiste qui tire des larmes à elle seule. Une atmosphère quasi-romantique, du noir et blanc, un véritable film muet. Et des scènes débordantes de tendresse: des bébés qui font leurs premiers pas, des mères qui les rassurent, des couples enlacés dans la brume ou dans la neige, des pics-nics familiaux sur l'herbe tendre, il y a de cela cinquante ans et plus. Les gens profitaient de la vie, oui. J'ai eu peine a y croire mais dans ma famille, avant ma naissance, mes grands-parents et leur parents dansaient le charleston au salon, au beau milieu de la marmaille, les jeunes comme les vieux s'échangeant les partenaires! Tout n'était pas triste comme on nous le raconte si souvent au sujet de la Grande Guerre! J'ai vu aussi parents et grands enfants à la même table, trouvant plaisir à s'entre-regarder mutuellement alors que chaque couple s'échangeait de longs baisers chastes. Sur cette scène, précisément, mon grand-père encadre le visage de ma grand-mère avec ses mains et dépose sur sa joue un baiser qui dure au moins une bonne minute pendant qu'elle continue de parler et de rire en levant les yeux au ciel. C'est bien ma Bea ça! ;o)

J'ai tant reconnu de ce qui compose mes familiers, bien que nous ne formions pas une famille élargie très proche et très unie. Je ressemble tant aux femmes de ma lignée, de même pour mes filles. L'air de famille est un héritage qui se transmet, et qui ne puise pas uniquement sa source dans le sang. Il y a tant aussi dans le caractère et dans la façon de vivre. Je pense bien que mes propres rubans familiaux et les milliers de photos prises de mes enfants représenteront autant quand viendra le moment d'éclairer leur propre recherche identitaire ainsi que les pans plus lointains de leur histoire. Je les entends parfois pépiller en se remémorant à partir des albums, et leur vie ne fait pourtant que commencer. Déjà, je sens bien qu'au-delà des évènements et des lieux proprement dits, il y a l'émotion recelée dans la photo qui forme un pont entre ce qu'elles sont aujourd'hui même et leur prime enfance. Ça, c'est précieux.

Aujourd'hui j'ai pleuré. J'ai aussi vieilli. J'ai marché sur des sentiers non fréquentés depuis nombres d'années. J'ai tâté mes racines, palpé tant leur source que la voie de leur émancipation, senti la continuité.

Grosse journée!

dimanche 4 juillet 2010

Confort existentiel



En généralisant, je postule qu'il existe en gros deux types de comportements face aux biens matériels. Certaines personnes effleurent leurs meubles, respirent à peine quand ils marchent sur leur beau bois franc, entretiennent leur maison, leur terrain, comme on le ferait d'un nouveau-né. D'autres vivent à fond, sans compter les égratignures! Sans être des démolisseurs pour autant, ces personnes ont l'habitude d'étrenner joyeusement les coussins du divan, d'écrire ou de boire sur une table sans en protéger la surface, de marcher parfois en soulier à l'intérieur sans faire un drame. Un léger bris, sur un plancher une armoire ou un évier, est en soi une preuve que les lieux sont habités et non pas une cicatrice béante, preuve de négligence ou de brusquerie.

Nous sommes de cette dernière catégorie de personne. Il nous est pénible en ce moment de surveiller chaque utilisation de chaque pièce, ou meuble, d'une maison qui nous est louée temporairement. Quelques égratignures de notre fait me donnent déjà quelques crampes dans le ventre. Pourtant, c'est bien normal avec tout ce petit monde, de s'attendre à quelques petites traces de notre passage. Notre table de cuisine habituelle a cent ans d'age. Elle porte sur sa patine de nombreux mots, d'anciens numéros de téléphone. Petit mari a déjà refusé de la vendre car selon lui elle avait "élevé" ses enfants! En effet, on y voit des marques de crayonnage! Imaginez donc que cette table fait corps avec tout ce que nous faisons, encaisse chaque verre qui retombe, chaque pointe de fourchette piquée à répétition par un enfant contrarié, etc. Pour l'heure, elle est entreposée au garage. J'ai dû mettre une nappe épaisse sur celle qui vient avec la maison, et que nous avions commencé de malmener affectueusement en toute familiarité. Il en va ainsi pour bien des choses dans cette maison temporaire. Notre façon de vivre se marie bien mal avec une précaution absolue en toute chose. Nous n'avons que bien peu à voir avec ces gens qui mettent des protections sur tout ce qu'ils vont être amenés à toucher et utiliser. Sachez que si vous nous invitez, nous serons très polis et prudents. Mais dans notre chez-nous, avec nos vieux meubles et nos planchers bien usés, nous prenons nos aises.

J'ai donc vraiment hâte que tout mon petit monde trouve un havre où un certain confort nous attend. Pas un confort matériel, celui-là nous l'avons, hébergés que nous sommes dans une maison au-dessus de nos moyens, dans un quartier cossu. Un confort existentiel. Ça c'est quand on peut prendre la pleine mesure des lieux, et les occuper à notre guise, selon nos sentiments. Claquer une porte si l'humeur y est, mettre son petit nez dans la porte patio et tacher la vitre, faire un dégât sans paniquer, pouvoir jardiner, échapper sans que le coeur cesse de nous battre dans la poitrine, entendre les enfants jouer sans me demander ce qu'ils casseront bien vite, sans doute. Voilà.


On est si bien chez-soi.
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