mercredi 19 mai 2010

Sweet Sixteen




Un age tendre, bien tendre pour le coeur de maman, et même pour celui de la fillette.

Moi et Grande Ado sommes du genre à ne pas apprécier le jour de notre anniversaire. La perspective même de cette journée nous retourne l'estomac. J'ai longuement réfléchi à la question sans obtenir de réponse satisfaisante, seulement des pistes. Je crois que cette journée nous rend vulnérables. À ce qui pourrait être hors de notre contrôle, aux surprises bonnes comme moins bonnes, aux déceptions appréhendées peut-être? Déceptions qui mordent au coeur quand on se voit délaissée, ou encore oubliée? Nous avons également horreur des cadeaux à développer, du suspense, et surtout de devoir composer une réaction polie sur le vif lorsque le cadeau, malgré la bonne intention, nous semble incongru.

Tout cela pour dire que ma grande s'est levée de mauvais poil hier matin, jour de son seizième anniversaire. J'ai laissé de côté les habituels reproches en la circonstance mais cela n'a pas suffit à lui enlever sa moue. Même sa petite soeur de deux ans lui entonnant "woyeux aniiiivesaiii" n'a pas réussi à tempérer son humeur. Elle est partie en retard.

Quand elle est rentrée vers l'heure du souper, nous étions tous à l'étage, en train de remanier les lits des deux plus jeunes. Je suis descendue avec un petit paquet cadeau que je lui destinais, inquiète de ne pas l'avoir entendue rentrer. Je l'ai alors aperçue, recroquevillée sur le divan, une jetée sur ses bras croisés malgré l'étouffante chaleur ambiante. Elle n'avait pas l'air mieux disposée que le matin même. N'empêche, maman gardais bien un dernier tour dans son sac.

Je lui dit alors de s'approcher, et j'allai mettre en marche une vieille cassette à ruban dans le lecteur, un enregistrement datant d'au moins quatorze ans. Nous nous sommes installées par terre, les jambes repliées en indien, attendant que la bande commence à émettre son contenu. D'abord la voix de Petit mari, claire comme peut l'être celle d'un jeune homme de vingt quatre ans et des poussières, qui m'alla droit au coeur. Puis la mienne, énervante bien sûr, comme c'est toujours le cas quand on s'écoute ou se regarde sur un enregistrement. Et puis, cette petite voix frêle, teintée de gêne, la sienne, douce comme du velours. Nous l'avions enregistrée pendant qu'elle prononçait son répertoire de premiers mots d'enfants à l'age de 22 mois, si maladroitement prononcés en raison d'une mauvaise audition à l'époque. "Pachon", disait-elle, pour dire poisson. Un drôle de toc toc parasitait la bande. Je lui expliquai qu'elle tenait un petit livre de carton et pointait rituellement avec son index, à répétition, avant de prononcer le mot.

Alors que je m'abimais dans mes souvenirs, en relatant ce détail, j'aperçus une larme couler sur sa joue. Surprise, je réalisai qu'elle pleurait à chaude larme. Était-ce de constater qu'il y a tellement longtemps déjà que nous prenons soin d'elle, qu'elle a déjà été notre petite princesse tout comme Petite Fleur l'est présentement, que notre amour est vieux comme le monde et qu'il traverse les âges? Je le lui ai demandé, elle m'a répondu: "je trouve ça cute" ;o)

Voila la carapace qui venait de s'effondrer. J'avais fait à son coeur un cadeau inattendu. Nous sommes parties ensembles acheter une bouteille de mousseux pour faire un toast à son seizième, elle en a pris deux verres et s'est mise à rigoler pour le reste de la soirée. Je lui ai offert entre autres choses un bijou qu'elle affectionne beaucoup et ne cesse de m'emprunter, c'est un petit coeur en argent, de couleur verte à pois argentés. La ronde des souhaits téléphoniques a commencé tout de suite après le gâteau. J'ai vu ma fille heureuse et sa journée d'anniversaire sauvée! Elle se prévoit un autre party entre amies ce jeudi, et dodo dans la tente pour finir.

J'ai l'impression que nous venons elle et moi de franchir un cap. Je viens de prendre un coup de vieux alors qu'elle est si jeune. Déjà tout ce temps passé depuis que je suis sortie de l'hôpital, encore presque adolescente moi-même, avec cette magnifique pouponne dont j'ai su prendre soin avec diligence, malgré mon jeune age. J'étais une louve, une lionne, et je le suis encore, même si elle, elle voudra bientôt quitter la tanière. sniff

C'est la ronde de la vie.

Savoure tes seize printemps, jeune fille.

6 commentaires:

Looange a dit…

J'ai les yeux plein d'eau !! C'est tellement mignon comme moment. Je suis aussi déçue parce que c'est pas vraiment le genre de chose que je peux faire avec mon préado.

j'espère réussir à être près de mes filles et à trouver le moyen de les faire rire quand ça sera nécessaire :)

La Mère Michèle a dit…

Tu peux sans doute faire tomber la façade de ton pré-ado autrement, Looange ;o)

Ils ont toujours une petite faille ...

Sophie a dit…

Oh, tu m'as émue, j'ai les larmes aux yeux!

Une femme libre a dit…

Sweet sixteen! Elle va prendre des cours de conduite?

Manon a dit…

La rivière coule à flot...

La Mère Michèle a dit…

Manon: *lol* je suis désolée ;o)

Femme Libre: pas cette année, le temporaire peut-être ...

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