mardi 8 juin 2010

CARPE DIEM





Ces temps-ci sur la sphère, il circule un vent de contemplation, une mode de questionnement existentiel. On a parlé des mères ici, de l'importance d'accomplir ses rêves ici, de rêver le monde ici ( billet 100%papier) et j'en passe!! Je voudrais quant à moi parler du présent et de ma nécessité de jouir de chaque journée pour ce qu'elle est.

Ce qui occupe nos vies ces-temps-ci c'est notre déménagement. C'est une grande étape, un cap mouvementé mais tellement attendu. J'en ai déjà parlé ici et aussi . Il nous a fallu beaucoup d'efforts concertés, des sacrifices de la part de chacun des membres de cette famille, des renoncements, de la patience. Et moi, j'ai dû consoler, faire la visionnaire, motiver les troupes tandis que l'Homme mettait toutes les bouchées doubles pour concrétiser ce rêve, pour le mettre en action.

Ce ne fut pas toujours facile. Et bien que nous y touchions, il me semble que nous arrivons au but avec un essoufflement manifeste. Je me rend compte pour ma part que j'ai développé une certaine attitude mentale qui m'a permis d'avancer dans tout ça en gardant la tête haute, mécanisme que je devrai maintenant désapprendre au moins un peu si je veux toucher enfin à un certain calme intérieur.

J'ai développé la manie de me projeter plus loin dans la trame anticipée de ma vie. Ce réflexe a été chèrement acquis à l'issue de périodes moins roses pour le moral. Pour remplacer le "je voudrais déjà y être", enseigne de la jeunesse et de l'immaturité, j'ai développé le "chaque chose en son temps", plus pratique pour m'aider à traverser les longues journées, parfois. L'ennui c'est que cette maxime est devenue un mode de vie dans lequel je me suis laissée couler trop profondément. Je suis pratiquement capable de mettre complètement en veilleuse mes aspirations et mes envies de goûter pleinement à l'existence, afin que celles-ci ne viennent me torturer au quotidien.

Parce que j'ai un jeune bébé, je ne vais plus voir de concerts. Oui je pourrais m'organiser, mais bon, "cette période de ma vie ne durera pas toujours", et ...chaque chose en son temps. Vous voyez le genre?

Déjà deux ans que j'attends ce déménagement, qui me rapprochera de ma famille et la plupart de mes amis. Deux ans que je vis dans une retraite confortable mais drôlement ennuyante puisqu'ici, je ne connais personne et je n'ai jamais fait l'effort d'investir pour y arriver: je savais que le déménagement viendrait, et que je pourrais à nouveau organiser des soupers, participer à des fêtes, simplement sortir plus souvent, chaque chose en son temps. Bon, ce dernier quatre ans en exil aura coïncidé avec la naissance de deux enfants en trois ans, mais tout de même!

Je suis donc devenue capable de "geler" mes frustrations personnelles, remettre à plus tard la satisfaction de certains besoins, oui très certainement au profit d'un dévouement envers la famille ou envers la Cause, mais aussi tout simplement parce que la vie ne le permettait pas d'emblée. Quand il a fallu se résoudre à rénover avant de vendre, je savais que tout cela durerait plusieurs années. Quand le désir d'enfant s'est pointé, je savais que cela me garderait dans un certain immobilisme pour quelques années également. Bref, il est de ces choses dont le pendant se doit d'être assumé si l'on veut pouvoir récolter le meilleur, atteindre le but. Et comme je suis de nature entêtée, je n'hésite jamais à recourir à ce genre de maxime ou de sacrifice pour arriver à mes fins.

À force de planifier, de regarder devant, je pense que j'ai égaré quelque peu ma capacité à me couler dans le présent, à profiter des moments qui passent. Je les ai si souvent balayés, dans l'attente de mieux, dans l'expectative d'une étape, et j'ai trop souvent commencé mes phrases par "plus tard, ce sera plus facile de ... plus plaisant de... plus raisonnable de...". Combien sommes-nous à vivre ainsi? À penser qu'une fois l'hiver derrière la vie sera plus douce, qu'une fois l'été terminé on fera telle ou telle tâche comme mettre de l'ordre ou commencer un régime?

Oui, c'est important d'avoir des rêves, des projets, des étapes. Mais ces mêmes rêves, projets et étapes sont constitués d'heures et de minutes qui ensembles, forment la trame de nos vies. Refuser de les vivre, c'est refuser de vivre!

Quoi qu'il en soit, je visualise depuis deux ans ce retour aux sources, qui aura lieu dans deux petites semaines. Assez de projection! Un peu plus de CARPE DIEM. Saisir le moment, saisir tous les moments. Enfin!

6 commentaires:

Looange a dit…

J'ai essayé d'apprendre à mon fils l'idée du "je passe mon année!" au lieu du "Je vais passer ou je me demande!" Du positivisme :)

J'avais pas tout lu sur le déménagement, mais je te souhaite tout le bonheur dans ton nouveau chez toi :)

La Mère Michèle a dit…

Merci Looange!!

Ce que tu apprends à ton gars c'est de la visualisation. Il en faut c'est certain! C'est un but à atteindre ;)

shaton a dit…

Finalement, il y a subtile contradiction entre "chaque chose en son temps" et "carpe diem", deux façons différentes de vivre le présent.
Fusionner les deux n'est pas si facile, il est vrai.

Etolane a dit…

J'aime beaucoup ce billet et merci pour le lien partagé! Moi aussi je me projette dans le futur et parfois j'en oublie de savourer le présent...

Éléonore a dit…

Ce billet réveille de profond écho en moi...
Je pense que tu t'es oublié, comme souvent les mères le fond.
Je me souviens qu'à la collations des grades du bac je ne suis pas allée, j'ai oublié la raison. Mais pour la maîtrise non plus je ne suis pas allée, je n'ai pas osée engagé cette dépense car nous étions déjà sur la Côte-Nord.
J'ai fait pareil pour les retrouvailles de mon école secondaire qui depuis a été détruite :(

Déjà jeune j'étais trop raisonnable et ma soeur trop dépensière, ma mère me louangeait et payait pour ma soeur, conclusion ma soeur avait le vêtement et moi le vent...

Encore aujourd'hui, je dois me débattre avec moi-même pour imposer mon tour. Aller en France fut un combat envers moi-même d'abord, bien plus qu'avec mes $$$
Alors que pour mon mari, les choses sont si simples, il ne peut vivre sans chaussure de course, il ne peut vivre sans matériel de pêche, il ne peut vivre sans montre cardio gps, etc, donc on achète. Mais est-ce de sa faute si je m'efface trop ?

Il y a un mois j'ai annoncé que bubget ou pas je prenais des vacances, quelques jours chez ma mère et là j'ai annoncé qu'à Noel je m'achetais un appareil photo neuf... et curieusement personne n'a protesté ;)

Joan Durand a dit…

Je sais que tu n'as pas tort, mais en ce moment je suis plutôt dans un mode "je veux changer le présent pour en profiter pour moi toute seule". Il y a sûrement moyen de vivre au présent tout en pensant à soi. :-)

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