Ce soir, j'entendais Grande Ado causer avec l'Amoureux au téléphone, elle parlait de moi en ces termes: "
MaMama". Cela donnait quelque chose comme: "j'aurai avec moi le cellulaire de ma maman, ma maman est au courant, ma maman voulait savoir si"... Intérieurement, j'ai ri en me disant qu'au fond, ils grandissent, mais pas si vite qu'ils veulent bien nous le faire croire. Et ce malgré les moments assez mouvementés qu'ils nous font vivre parfois, sur ce chemin de l'indépendance.
Jolie Sportive a certainement grandi d'un pied depuis une année. Les hormones ont façonné son corps de petite fille, le temps a allongé sa chevelure, et approfondi son regard. Elle sait prendre position, elle sait prendre des décisions, mais elle tient absolument à m'embrasser chaque fois que je quitte la maison, même pour aller au dépanneur. Je crois que cette enfant a toujours eu une peur viscérale de me voir mourir. Elle a encore besoin de ce rituel un peu superstitieux.
Petite Fleur sait maintenant gagner les toilettes toute seule, manger aussi, elle arrive presque à s'habiller de pied en cap. Elle cause comme une enfant de maternelle et sait tout son alphabet. Mais... elle se réveille encore la nuit pour être rassurée, comme un nouveau-né.
Quand à bébé Lutin, il rampe presque, s'assied longtemps sans faiblesse, a prononcé son premier mot: "viens-t'en". Mais lui, c'est encore un bébé, heureusement. Oui, heureusement. Il est si craquant! Chaque fois que mon coeur fond devant l'un de ses sourires si candides, je me demande comment j'aurais pu vivre sans lui, sans ce petit quatrième aux cheveux dorés, aux allures d'un archange descendu du ciel, si patient, si sage déjà, si aimant et conciliant.
Et chaque fois mon coeur se tord aussi à la perspective du deuil qui s'impose à moi. Plus jamais un autre bébé ne posera son regard sur mon visage de mère après celui-là. Leurs yeux contempleront sans doute un visage de
grand-mère, éclairé mais vieilli. Et ils chercheront bien vite les yeux de cette autre femme, celle qui assure leur survie. Leurs petits bras, leur chaleur odorante, leur poids plume, véritables réconforts, véritables remparts à la grisaille et la fatalité. Tout celà est mien pour encore quelques mois, puis ce sera ... autre chose.
Comme disait l'Homme en me regardant pleurer sur l'une des publicité éducatives du gouvernement
(...dans ce parc, il y a un enfant qui apprend à se faire des amis, et cet enfant c'est lui, le bébé de deux mois qui fait des imitations avec sa maman), il faut maintenant les élever! Pleurer comme une conne, je vous dis, à contempler toute la confiance dans le regard du bébé. Et pourtant j'en ai plein les bras! Moi et Petit mari fonctionnons à plein régime, constamment, pour que tout baigne. Il y a toujours un nez à moucher, un souper à commencer ou une brassée à plier!! Et de tels regards, nous en avons tellement reçus. Choyés nous avons été.
Je sens que ma famille est complète. Je pense que je peux sincèrement faire mon deuil. Mais qui a dit qu'un deuil c'était moins douloureux quand c'était raisonnable? J'aurai toujours cette nostalgie du petit être entièrement dépendant et extraordinairement attachant, et attaché. Il y aura toujours cet élan vers le cri, ce désir de consoler, cette larme avec les leurs, cette envie de lover ma bouche au creux des petits plis du cou, celle de humer les petits cheveux. Je suis une mère de profession (comme on dit dentiste de profession, etc).
Heureusement, ils ont toujours besoin un jour ou l'autre de maman. J'essuierai probablement d'autres larmes, et j'aurai toujours une bonne soupe sur le feu dans les moments plus difficiles. Malgré leurs longs bras, leurs grands pieds, au fond, ils seront toujours mes bébés.