vendredi 20 mars 2009

Intérieurs



Je m'éveille ce matin et un rayon de soleil, déjà puissant pour l'heure matinale, me sourit. Je l'observe alors qu'il caresse joyeusement mon mobilier de chambre, en l'occurrence une vieille causeuse victorienne ayant appartenu à mon arrière-grand-mère anglaise, et ces bureaux d'érables massifs art déco des années trentes décapés patiemment par Petit mari quelques mois avant de me connaître, pour tromper sa solitude. Je n'ai pas toujours aimé les maisons qui m'ont accueillies, mais mon intérieur a toujours exprimé avec authenticité ce que je suis, ce que nous sommes, et même notre parcours de vie.

Avec les années, je me suis rendue compte que j'ai un besoin vital de cet environnement chéri et familier pour respirer, pour être vraiment bien dans tous les sens. Je peux endurer bien des choses, je ne suis pas fragile. Mais un décor qui ne me ressemble pas, qui ne me parle pas, et me voilà qui s'étiole. Le sentiment de rentrer à la maison et d'y être vraiment chez-moi en tout confort se révèle un baume sur bien des blessures de la vie.



Je ne parle pas ici d'un luxe du dernier cri. Je parle de mes pantoufles psychologiques! De ma cuisine! De cette lampe tiffany qui colore nos soupers, de tous ces objets qui me racontent nos voyages passés, de la douceur des lieux connus et aimés, du plaisir d'une maison saine emplie d'odeurs familières et de beautés. Et de tous ces trésors qui ont une histoire, et souvent plusieurs décennies d'existence.



Cette vieille horloge Pain d'épices, moi et Petit mari l'avons acquise il y déjà douze ans chez un antiquaire du Nouveau-Brunswick lors d'un voyage en amoureux avec notre petite poupoune de deux ans à peine (Grande Ado). Il y en eu trois, de ces épopées en contrée lointaine, au tout début de notre mariage. Avec deux cent dollars, nous arrivions à pousser jusque dans le sud de la province, camper dans les plus beaux espaces et manger comme des rois. Nous aimions plus que tout courir la brocante, véritable sport dans les maritimes, à la recherche d'objets anciens acquis pour une bouchée de pain. C'était une passion commune, une locomotive d'énergie qui nous portait longtemps, et loin, souvent des journées entières. L'horloge fut l'une de ces prises. Elle nous accompagne depuis. Elle a bien besoin d'une beauté car je suis lasse de son vernis d'origine, gagnant pourtant à être conservé pour la valeur. Mais cette horloge, c'est une bouffée d'air de jeunesse sur nos matins de fin de semaine à siroter un café dans la salle à manger où elle trône, un rappel de cette fougue de nos vingt ans, un témoin de ce qui nous a uni jadis.

Les objets anciens sont extrêmement versatiles et sympathiques, en plus de savoir parler au coeur. Ils savent donner du charme à n'importe quelle pièce, et imprégner l'atmosphère d'un je-ne-sais-quoi de noble. Pour l'heure, mon vaissellier ancien a repris son antique fonction, et me sers d'armoires en attendant la fin des rénovations. Il s'acquitte de cette tâche avec toute l'efficacité qu'on est en droit d'attendre de tant d'expérience. Je suis attendrie chaque fois que je le remplis.



Il me parle aussi de cette période heureuse où nous bâtissions notre patrimoine. Comme nous en avons passé des heures, des semaines même, à retirer la vieille peinture incrustée dans les motifs press back de ces chaises du début du siècle! Elles sont nos berçantes pour lire, discuter, et bercer nos petits amours jusqu'au sommeil. Elles sont si chargées de vécu qu'elles sont vivantes!



Il y a quelques années je me suis offert la chose dont mon âme rêvait le plus. Un piano ancien en bois. Ses cent vingt cinq ans d'age et sa stature en font un réconfort puissant face aux jours qui passent dans l'instantanéité, dans la frénésie de la modernité. J'adore me poser nonchalamment sur ce banc et faire résonner son corps majestueux. La première note est la plus magique, la plus feutrée, la plus enveloppante. Mon confort est là. L'essence même de mon être. Dans la nostalgie du vieux bois vibrant pour mon seul et bon plaisir.




Je pourrais continuer ainsi longtemps, mettre une photo, raconter l'objet ou l'époque. Parler de cette créativité dans l'art de constituer un chez-soi accueillant, activité salutaire à mon bonheur. Je pourrais m'épancher sur cette tendance grano qui me fait choisir toujours les matériaux les plus nobles, les plus solides, les intemporels. De ce désir de lumière, de verdure, de couleurs terreuses et naturelles, de tout cet amour mis dans la moindre sélection d'acquisition, mais de cette absence de style précis, de ligne de conduite. Un intérieur à l'image de la femme qui l'édifie: éclectique, joyeusement sentimental, traditionnel, désordonné pour le moment par manque d'espace et d'organisation. Un intérieur criant d'amour pour tous ceux qui y vivent, tant pour ce qu'ils sont que pour ce qu'ils ont été, et se voulant un nid douillet pour ce qu'ils voudront bien devenir.

Pour l'heure, les filles évoluent dans cet environnement hétéroclite sans trop en avoir conscience. Elles emmagasinent des souvenirs d'enfance. Mais j'ai bon espoir qu'un jour, lorsqu'elles auront à leur tour une maison que je leur souhaite accueillante et remplie d'amour, elles trouveront un grand plaisir, une douceur de l'âme, à accueillir dans leur décor le buffet de maman ou la guitare de papa, et à laisser remonter ainsi à leur contemplation les échos de leur vie de petite fille, cette vie de famille que nous avons tissée autour d'elles, avec amour et constance.

8 commentaires:

M comme...Maman a dit…

Les meubles et autres trésors que l'on acquiert au fil des années sont beaucoup plus rassurants, plus réconfortants et tellement plus beaux que les trucs achetés à la va-vite chez Ikea! C'est ce que je constate ici...

Vous avez de magnifiques choses autour de vous ma chère Mère Michèle! Vous êtes comblée! ;-)

Merci pour les photos...je suis une véritable fan de tout ce qui touche aux maisons.

Bonne journée!

~nancy~ a dit…

..wow!!merci pour la belle visite guidée de ta chaleureuse chaumière..
..toujours tellement intéressante ma chère Michèle..

..bo week~end à toi;)

~nancy xx

monic a dit…

Bonsoir Mère Michèle!
Une bien belle découverte en passant chez vous, grâce à Légende d'Automne.
Votre écriture est touchante et va droit là où il faut: à l'intérieur.
Comme vous l'exprimez si bien, il y a un pont entre l'intérieur d'une personne (son âme?) et celui de sa demeure (chaque maison a-t-elle une âme?). Je reviendrai lire les messages plus anciens.

Monsieur Émilien a dit…

Bonsoir! Nous avons à la maison une horloge pain d'épice! Elle sonne d'une façon tellementdouce.J'ai lu sur le site du gouvernement que nous serions 12 a en avoir une...

La maman du bébé

La Mère Michèle a dit…

Hein?? C'est impossible!!! 12 seulement?

westinia a dit…

Coucou!

En faisant une recherche des mots "horloge pain d'épices", je suis tombé sur votre blog. J'ai adoré votre texte sur la joie de décorer son intérieur avec des objets du passé. Je suis fascinée, touchée et charmée par les antiquités. Qu'elles viennent de ma famille ou de celle de mon mari ou que nous les ayons acquises lors des nombreuses visites dans les villages du Québec. J'aime lire des textes comme les vôtres ou la passion que je ressens me semble partagée.

J'ai également mon horloge pain d'épices. Je les trouve toutes belles. Et, pour en avoir vu beaucoup lors de nos voyages au Québec, je peux vous affirmer qu'il y en a plus qu'une douzaine qui "tictac" encore. Lorsque j'ai choisi la mienne, il y avait 10 autres et toutes différentes. J'ai consulté un album de photos contenant une centaine de photos de ce type d'horloge. Toutes vendues ici au Québec... Nous sommes plusieurs à partager cette passion pour les objets qui comme vous le dites si bien:"Ont tellement de vécu, qu'ils en sont vivants".
Merci pour ces textes rafraîchissants.

Diane

La Mère Michèle a dit…

Merci de votre votre visite!!!

Quand on parle de 12 horloges, on parle de 12 modèles ou de 12 exemplaires????

westinia a dit…

Bonjour chère mère Michèle,

Je n'ai pas trouvé de l'information concernant les douzes horloges du Québec.

Ce que je sais, c'est que plusieurs détaillants comme Ingraham, Waterbury, Ansonia, New Haven et etc. ont produit différents types d'horloges dont la pain d'épice. Il semble que les détaillants avaient plusieurs lignes d'horloge pain d'épice. Il semble aussi que chaque ligne était renouvelée à chaque année. Moi, j'ai une New Haven, la ligne Patrol Line. J'ai trouvé des photos de la Patrol Line et aucune n'était identique à la mienne car elles n'ont pas été créées la même année.

Si ça vous intéresse, vous trouverez à l'adresse suivante, des centaines de photos d'horloge pain d'épice. Je n'ai pas trouvé la mienne... Peut-être trouverez-vous la vôtre?

http://www.antiqueclockspriceguide.com/indexlinks.php?clocktype=kitchen

J'en profite pour vous souhaiter un joyeux Noël et une bonne année ainsi qu'aux vôtres!

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